Maroc : Samira Sitaïl, la délatrice devenue ambassadrice

Etiquettes : Maroc, Samira Sitaïl, DGED, Mouvement du 20 Février, Printemps Arabe, Constitution, Mourad El Ghoul, Yassine El Mansouri, services secrets,

« L’absence de culture de reddition des comptes est telle que, même grillés, les « honorables correspondants »… restent en poste, à l’indifférence amusée du public. Samira Sitaïl, directrice de l’information de la chaîne de télévision publique 2M et informatrice zélée des services de renseignement –à en croire plusieurs mails révélés par le hacker — ne semble pas spécialement sur un siège éjectable ». Ces mots ont été écrits sur les colonnes du journal français Le Monde le 21 octobre 2014, par Ahmed Benchemsi, journaliste marocain marocain fondateur du magazine TelQuel et directeur du plaidoyer et de la communication pour la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch. Il ne croyait pas si bien dire! Mme Sitaïl vient d’être nommée ambassadrice du Maroc en France.

Qui est Samira Sitaïl?

Samira Sitaïl est mariée avec un diplomate de carrière (ex-consul général à Bordeaux, ex-ambassadeur à Bruxelles et à Athènes et actuel représentant permanent à l’Unesco. On lui le connaissait le métier de directrice de l’information de la chaîne de télévision 2M jusqu’à l’apparition du hacker français Chris Coleman en octobre 2014. Grâce à ce dernier, le public marocain a appris ses relations avec les service de renseignement extérieur marocain, la DGED.

En effet, ledit hacker a mis en ligne le 29 decembre 2014 des correspondances par mail entre Sitaïl et Mourad El Ghroul, le directeur de cabinet de Yassine Mansouri, le directeur de la DGED et ami d’enfance du roi Mohammed VI. Selon des médias marocains, dans ses échanges elle « ne respecte pas toujours la neutralité du service public » dans lequel elle travaille.

Parmi les missions qui lui sont confiées par la DGED, la « médiatisation » des produits de propagande confectionnés par les services secrets. Son nom fait partie d’une liste comprenant le noms suivants : Ahmed Charaï, Abdelmalek Alaou, Abdelouahab, le mauritanien Abdalahi Ould Mohamedy (directeur de Sahara Media), Hasna Daoudi, Farid Mnebhi, Hassan Khiyr, Nabil uchagour, Sakurai Shine, Temsamani Saïd, Khalid Moulay, Voix Sahel, A. Azzouzi et Bamine4, Ali Bahaijoub, Rabie Mansouri, Rawa et Younes de Hit Radio.

Parmi les envois de Sitaïl, plus de 70 mails qui lui ont été adressées par des militants du Mouvement du 29 Février dénonçans sa « partialité (celle de 2M dns la couverture des événements du Printemps Marocain de 2011, ndlr) flagrante à traiter les événements menés par le Mouvement du 20 Février ».

Selon ces révélations, Samira Sitaïl menait une véritable campagne contre le Mouvement du 20 Février qu’elle diabolisait en lui attribuant une complicité avec la gauche marocaine. « Chers amis. Au moment de sa diffusion, j’avais insister a l’antenne de 2m sur cette information. Il faut revenir dessus c’est sur,mais surtout pointer du doigt la combinaison contre nature formée par al adl wa al ihssane et l’extrême gauche radicale. Ces deux mêmes extrêmes avaient fait alliance dans la fin des années 70 pour renverser le shah d’Iran. 32 ans après,nous connaissons tous le résultat et la dictature dans laquelle vivent les iraniens », a-t-elle écrit à ses interlocuteurs. Elle a aussi participé activement à une campagne de communication en faveur du « oui » à la Constitution dont elle détaille les grandes lignes.

Dans son immense activité d’espionnage, Sitaïl faisait aussi dans la délation. C’est ainsi qu’elle a partagé le statut Facebook de Fouad Abdelmoumni, militant et responsable de de l’ONG Transparency Maroc dans lequel il énumère les « risques » qui font face au Mouvement du 20 Février et des recommandations en vue de le consolider. Elle y demande à son interlocuteur de transférer ce statut à « Si Mansouri », vraisemblablement une référence à Mohamed Yassine El Mansouri, le patron du contre-espionnage marocain. Cet email a été transféré deux jours avant le début des manifestations du 20 février en 2011.

Dans le sillage des opérations couvertes de la DGED, il ne pouvait pas manquer les campagnes de diffamation contre le Front Polisario, principal ennemi du Makhzen marocain. Dans un autre email, Sitaïl demande notamment à Karimi de l’« aide » pour étayer son sujet qui inclura également la participation de : « « L’opposition » de Mohammed Abdelaziz, des experts étrangers « crédibles », des anciens membres dirigeants de l’organisation et tout autre profil qui enrichirait notre démonstration ».

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