Quand James Baker se retournait contre le SG de l’ONU, Koffi Annan

Livre de Marrack Goulding dans lequel il révèle que James Baker avait été chargé par Koffi Annan de travailler en faveur de l'intégration du Sahara Occidental au Maroc.

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Annan a chargé Baker en 1997 de l’intégration du Sahara au Maroc

Un ex-fonctionnaire de l’ONU révèle dans ses mémoires les manœuvres du secrétaire général

Lorsque Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, a proposé à James Baker le poste d’envoyé spécial pour résoudre le conflit du Sahara occidental, il lui a demandé quelque chose de surprenant : de travailler en faveur de l’intégration de l’ancienne province espagnole au Maroc. À cette époque, en 1997, le Conseil de sécurité avait chargé Annan de l’organisation d’un référendum d’autodétermination parmi les Sahraouis.

La révélation a été faite maintenant par le vétéran diplomatique britannique et ancien sous-secrétaire de l’ONU chargé des missions de paix Marrack Goulding et est implicitement avalisée par une lettre envoyée par Annan à Baker à cette date. Le Secrétariat général des Nations Unies ne confirme ni ne dément l’information.

« Le nouveau secrétaire général (Kofi Annan) m’a demandé (en 1997) de me rendre à Houston (Texas) pour persuader James Baker (ancien secrétaire d’État américain) d’accepter sa nomination en tant que représentant spécial et de tenter de négocier un accord basé sur une autonomie pour le Sahara occidental au sein du royaume du Maroc », écrit Goulding dans son livre de mémoires, Peacemonger, qui vient d’être publié au Royaume-Uni par la maison d’édition John Murray. Baker lui-même recommande ce volume : « Peacemonger, de Marrack Goulding, est une lecture incontournable pour toutes les personnes préoccupées par les aspects diplomatiques et militaires des opérations de paix modernes des Nations Unies ». Baker et Annan doivent se rencontrer le 2 juillet prochain pour discuter de l’avenir du Sahara.

Dans le Musée Virtuel de James Baker, accessible via Internet, il est possible de consulter partiellement la lettre qu’Annan lui a envoyée le 5 mars 1997 pour le remercier d’avoir accepté sa nomination : « Si vous considérez qu’il existe une solution alternative et plus prometteuse au conflit, vous êtes autorisé à négocier un accord, soit par des conversations directes, soit, encore mieux, par des conversations diplomatiques. Cet accord serait soumis à un référendum supervisé par les Nations Unies. Les bases de cet accord seraient que le Maroc accepte d’accorder au Sahara occidental un degré d’autonomie supérieur à celui dont bénéficient ses autres régions, ainsi que l’acceptation d’un statut spécial pour les dirigeants du [Front] Polisario. En échange, le Polisario accepterait l’intégration du territoire au Maroc ». Plus loin, Annan ajoute : « J’accepte que si vous parvenez à lancer une négociation sur des questions difficiles que vous ne souhaitez pas mettre par écrit, vous m’informiez personnellement par téléphone ».

La version de Goulding, actuellement recteur du St. Antony’s College d’Oxford, est plus directe et a été offerte à EL PAÍS : « En 1997, lorsque Kofi Annan a été nommé secrétaire général des Nations Unies, il était déjà évident que le plan de paix proposé par l’ancien secrétaire général Javier Pérez de Cuéllar au Conseil de sécurité quelques années plus tôt était irréalisable, car les parties impliquées (le Maroc et le Polisario) divergeaient sur qui pourrait voter au référendum. Annan a alors repris un plan qui avait déjà été envisagé par Pérez de Cuéllar ».

Goulding ajoute : « Le plan était basé sur le fait qu’un envoyé spécial du secrétaire général négocie avec les deux parties un accord par lequel le Sahara occidental serait intégré au Maroc mais, en échange, bénéficierait d’une autonomie plus grande que celle dont jouissent les autres régions et provinces marocaines, et les dirigeants du Polisario joueraient également un rôle dans le gouvernement du territoire, au moins pendant une période intérimaire avant que des élections ne soient organisées. Si l’accord était accepté par les deux parties, il serait alors soumis à référendum. Le problème de savoir qui pourrait voter au référendum resterait à résoudre, mais cette question revêtait moins d’importance si les deux parties s’engageaient à respecter l’accord ».

Marie Okabe, porte-parole de Kofi Annan pour le Sahara, refuse de commenter la mission confiée par le secrétaire général à James Baker : « Ce que nous pouvons dire est le suivant : Le secrétaire général a informé le Conseil de sécurité le 17 mars 1997 que, pour surmonter l’impasse dans le plan de paix du Sahara occidental, il avait décidé de nommer M. Baker son envoyé personnel pour examiner la possibilité de mettre en œuvre ce plan, examiner des moyens d’améliorer cette mise en œuvre dans un avenir proche et, en cas d’échec, conseiller le secrétaire général sur d’autres moyens de faire avancer le processus de paix », rapporte Isabel Piquer depuis New York.

Lettre de Koffi Annan à James Baker

Le Secrétaire général

5 mars 1997

Cher Monsieur Baker,

Je vous écris pour confirmer le résultat de vos récentes conversations avec moi-même et Marrack Goulding au sujet de la possibilité que vous entrepreniez une mission exploratoire en mon nom, dans le cadre des efforts des Nations Unies pour résoudre le conflit entre le Royaume du Maroc et le Front POLISARIO concernant le Sahara occidental. Je suis ravi que vous ayez accepté de m’aider de cette manière et j’ai confirmé avec la Secrétaire d’État Madeleine Albright, lors d’une conversation téléphonique le 27 février, que l’administration est satisfaite de ce qui est proposé.

C’est dans ce contexte que je vous ai demandé d’entreprendre une mission en tant qu’Envoyé personnel. Le but ostensible de votre mission sera triple : évaluer, en consultation avec les parties, la faisabilité de la mise en œuvre du Plan dans sa forme actuelle ; examiner s’il existe des ajustements, acceptables pour les parties, qui amélioreraient de manière significative les chances de mise en œuvre dans un avenir proche ; et, dans le cas contraire, me conseiller sur d’autres moyens possibles de résoudre le conflit. C’est dans ces termes que je décrirai aux parties et au Conseil de sécurité la tâche que je vous ai demandé d’entreprendre.

Cependant, j’envisage que si, dans le cadre du troisième point de ce mandat, vous jugez qu’il existe une possibilité alternative et plus prometteuse, vous vous efforcerez de négocier un accord sur cette base, soit par des pourparlers directs, soit, plus probablement, par la diplomatie de la navette. Un tel accord pourrait ensuite être soumis à l’approbation du peuple lors d’un référendum conduit par les Nations Unies. La base d’un tel accord pourrait être l’acceptation par le Maroc d’accorder au Sahara occidental une plus grande autonomie que les autres régions du pays, ainsi qu’un statut spécial pour les dirigeants du POLISARIO, en échange de quoi le POLISARIO accepterait que le Territoire fasse partie du Maroc. Mais il se peut que vous puissiez identifier d’autres options plus prometteuses.

Vous me ferez directement rapport. Je souhaiterais que vous copiiez vos rapports écrits au Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, M. Kieran Prendergast, qui aura la responsabilité quotidienne de soutenir votre mission. Mais je comprends que si vous réussissez à lancer une négociation, il y aura des questions sensibles que vous ne souhaiterez pas aborder par écrit. Dans ces cas, vous devriez me faire un rapport par téléphone. J’ai délibérément exprimé votre mandat en termes assez généraux et je vous encourage à m’envoyer les recommandations que vous considérez comme les plus appropriées, même si elles peuvent être politiquement incommodes pour moi.

Je ne mets aucune contrainte sur la manière dont vous menez votre mission, si ce n’est de vous rappeler que je suis responsable devant le Conseil de sécurité de mes efforts pour mettre en œuvre le Plan de règlement. Cela signifie en pratique que je dois vous demander de me tenir pleinement informé de vos activités, de me consulter à l’avance sur toute initiative importante que vous prévoyez de prendre et d’accepter que je puisse, dans de rares occasions, vous demander de ne pas agir jusqu’à ce que j’aie consulté le Conseil de sécurité ou même de ne pas agir du tout.

Sous cette réserve, je veillerai à ce que vous soyez autorisé à mener votre mission comme vous l’entendez.

Je comprends que vous seriez en mesure d’effectuer votre premier voyage dans la région entre le 19 et le 30 avril, que vous me feriez ensuite rapport de vos conclusions initiales et que vous pourriez consacrer la majeure partie du mois de juin à cette mission. Je comprends également que vous n’excluez pas une implication continue par la suite si des progrès étaient réalisés, mais que cela serait à discuter entre nous le moment venu.

M. Prendergast, qui a pris les responsabilités de M. Goulding le 1er mars, sera en contact avec vous prochainement concernant les diverses questions pratiques que vous avez discutées avec M. Goulding. Il vous donnera également un aperçu de la lettre dans laquelle je rendrai compte au Conseil de sécurité de ma décision de vous confier cette mission.

Cordialement, Kofi A. Annan

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