Paris s’assure le gaz algérien via l’Espagne, mais plus cher

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AU MILIEU DE LA CRISE ENTRE MADRID ET L’ALGÉRIE
Sonatrach renouvelle son contrat avec Engie pour trois ans, mais révisera les prix à la hausse. L’Algérie renforce ses relations avec l’Italie et la France alors qu’elle réduit ses approvisionnements en Espagne
Par Marcos Lema – Ignacio Cembrero

La France continuera à recevoir du gaz algérien via l’Espagne pendant les trois prochaines années. La société publique d’énergie du pays maghrébin, Sonatrach, a annoncé jeudi dans un communiqué qu’elle renouvellera le contrat avec la société privée française Engie pour la fourniture de l’hydrocarbure par le Medgaz, le gazoduc qui traverse la Méditerranée jusqu’à Almeria. Mais le déménagement ne sera pas gratuit. Dans la note, Sonatrach indique que les deux parties ont convenu de “tenir compte des conditions du marché pour revoir le prix contractuel du gaz”. C’est un euphémisme : en pleine crise de l’énergie, qui a poussé les contrats à terme de référence européens au-dessus de 170 euros, cela signifie une hausse des prix. Et personne ne peut dire qu’Alger n’a pas déjà prévenu. Elle l’a fait d’abord avec l’Espagne, après que le revirement sur le Sahara ait détérioré les relations bilatérales entre les deux pays, et ces dernières semaines, elle a étendu l’avertissement au reste de ses clients européens.

Le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, a révélé dimanche que la compagnie pétrolière nationale “a activé une clause de révision du prix du gaz avec des partenaires”, ajoutant que les discussions “sont à un stade avancé”. La renégociation à la hausse avec Engie, qui a un accord avec l’État algérien depuis 2011, est un dangereux précédent pour l’espagnol Naturgy, qui fait face à la révision de son propre contrat pour la même période : 2022-2024. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent : c’est aussi une question de géopolitique. Comme elle l’a fait avec l’Italie, en s’engageant à doubler ses exportations par le gazoduc Transmed, l’Algérie renforce aujourd’hui sa relation énergétique avec l’ancienne métropole, précisément six décennies après l’indépendance. Cette démarche peut être interprétée comme une manière de diversifier sa clientèle afin de se couvrir en cas de fermeture éventuelle du robinet vers l’Espagne, qui était jusqu’à présent son principal acheteur. Au cours des derniers mois, l’approvisionnement de l’Espagne a pratiquement diminué de moitié pour atteindre environ 25 % des importations nationales.

L’Espagne acquiert de nouveaux arguments pour défendre l’amélioration des interconnexions avec la France, qui fonctionnent à la limite de leur capacité. Toutefois, la nouvelle a également un côté positif pour l’Espagne. Madrid a obtenu le passage du gaz algérien sur son territoire pour trois années supplémentaires, avec les revenus que cela implique, et a obtenu de nouveaux arguments pour défendre l’amélioration des interconnexions avec la France. Actuellement, il n’y a que deux passages à travers les Pyrénées, qui fonctionnent à la limite de leur capacité depuis le début de l’invasion ukrainienne. Ce chiffre pourrait être doublé si la connexion catalane, connue sous le nom de Midcat, pour laquelle le gouvernement cherche un financement européen, est finalement achevée.

Le Maroc rouvre ses centrales électriques

Alors que l’Algérie fournit du gaz à la France via l’Espagne, l’Espagne pompe pour la première fois du gaz au Maroc via le détroit de Gibraltar. Le gazoduc Maghreb-Europe, qui était fermé depuis novembre en raison de désaccords entre Alger et Rabat, a été rouvert la semaine dernière pour approvisionner la monarchie alaouite. Cette faveur, qui s’inscrit dans le processus de rétablissement des relations avec Madrid, a provoqué la colère de la république du Maghreb, qui a même menacé de couper les vivres si son hydrocarbure finissait par approvisionner son grand ennemi. Or, ce n’est pas le cas.

Les doutes sur l’origine du gaz ont été dissipés dimanche par le directeur général de Sonatrach. Dans une déclaration faite lors de la présentation des résultats du premier semestre, Hakkar a indiqué qu’il n’y avait eu “aucun changement dans la destination du gaz algérien exporté à ce jour”. Mais il a prévenu : “Si cela se produit, Sonatrach est parfaitement en droit de prendre les mesures nécessaires.

Le gaz provient des États-Unis, d’où il arrive en Espagne sous forme liquide via des méthaniers. Une fois en Espagne, sa traçabilité est vérifiée et il est regazéifié, avant d’être introduit dans le pipeline vers le Maroc. Grâce à l’aide de Madrid, Rabat a pu mettre fin à l’urgence énergétique qu’elle connaît depuis qu’Alger a décidé de couper le Maghreb-Europe : les centrales à cycle combiné de Tahaddert et d’Ain Béni Mathar ont rouvert cette semaine, après plusieurs mois de coupures du réseau dues à une pénurie de gaz pour la production d’électricité. Pendant ce temps, la République présidée par Abdelmajid Tebboune continue de profiter de la crise : les revenus des hydrocarbures ont augmenté de 70 % au cours des cinq premiers mois de 2022, grâce à des exportations de plus de 20 milliards d’euros.

El Confidencial, 07/07/2022

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