Le Maroc, un territoire, plusieurs processus

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Qui dit évolution de la société, dit évolution de la pensée, de l’imaginaire , et une mutation des idées politiques. Le constat vaut aussi pour les choix quant au devenir de la forme de gouvernement.

Au Maroc, nous assistons à une tendance sociétale de fond. Dans le patrimoine philosophico-idéologique qui marque le vie politique, coexistent plusieurs axes et agendas politiques très en vogue, dans l’air du temps, portant sur le devenir de cet espace territorial dit marocain, impliquant des changement organisationnels, plus particulièrement le mode de gouvernement, la forme du régime politique de l’état et l’organisation sociétale. Ces agendas ou projets sont entretenus par plusieurs mouvements politiques qui s’activent sur le terrain politique national et international. Plusieurs dénominations proclamées sont utilisés pour qualifier les systèmes de gouvernement qui seront pratiqués par les États une fois qu’ils auront conquis et exercé le pouvoir. Ces agendas poursuivent des objectifs spécifiques, et se démarquent par un ensemble de réalités économiques, sociales, politiques et culturelles.

Dans ce qui suit, je me limite à identifier globalement quelques idéaltypes. Je ne traiterai pas des perspectives, ni de leurs contenus philosophico-politiques et économique, ni des conditions d’exercice du Pouvoir et le degré de la conformité dudit exercice aux critères préétablis à leurs ideaux.
Je tiens à noter aussi que tous ces idéaltypes (Modèles) sont protéiformes, plus ou moins influents, ils ne sont pas équivalents, ils ne sont pas au même niveau d’ampleur, n’ont pas le même degré de croissance et ne disposent pas des mêmes moyens pour faire triompher leurs idées. De même, les artisans et tenants de ces idéaltypes sont parfois clairement identifiés, parfois diffus. Ces aspects seraient trop long de développer ici.

1. Oumma, Etat communiste, Tamazgha

Restauration de l’État califat unifié (Mouvement islamisme sunnites) œcuménique, rassemblement du monde islamique. Projet similaire porté par les groupements chiites rival du premier. Chacun ressente une volonté d’hégémonie sur tout l’Islam. S’ajoutent à cette variante un gouvernement mondial qui va au-delà des limites du monde islamique.

Un régime républicain, progressiste, socialiste ( La propriété collective des moyens de production un État interventionniste : régulation, nationalisation, protectionnisme. une phase transitoire vers le communisme. L’État est aboli et l’activité économique est gérée par la communauté elle-même ( Mouvement de gauche)

Etat fédéral, trans-étatique selon le credo : « De Siwa jusqu’aux Canaries », une sorte d’Etats Unis de « Tamazgha » où le subsratum amazigh est mis en évidence sans pour autant exclure d’autres considérations (Mouvement amazigh)

2. Le Royaume (La souveraineté une, indivisible et absolue, détenu par le monarque)

La monarchie exécutive, absolue, dynastique, le roi règne et gouverne. En cours

Le makhzen (Modèle traditionnel). En cours

La monarchie parlementaire, en théorie, le roi y règne seulement

3. République (La souveraineté une, indivisible et absolue détenu par le peuple)

La république marocaine, MRM

La république islamique. Chez les islamistes le projet idéal est d’abord local ensuite global, transcendant les frontières étatiques. A ce stade ultime, il se focalise sur la communauté des croyants par-delà toutes autres considérations. De même pour la république communistes, dans l’impossibilité de concrétiser la cité idéal (L’Etat communiste) ces mouvements poursuivent des objectifs au niveau local et les questions nationales et sociales.

4. Républiques issues du principe de l’autodétermination des peuples

· Le Sahara Occidental. Porté par le POLISARIO, la RASD

· La 2ème République du RIF. Ce projet entend plus au moins prolonger l’expérience d’Al Khattabi 1921-1926, qui constitue une source majeure d’inspiration pour le M.18.S, et d’autres nébuleuses, constituées d’éléments, jusque-là épars, éclatés en plusieurs branches, atomisés, et d’individus isolés. Absence d’un front commun, ce qui traduit aisément une multiplicité de regards et des dissensions internes sur les moyens, les objectifs et la philosophie à imprimer à cette république. Cependant, par delà ces divergences, tous disent militer pour un RIF en tant qu’entité politique souverain ayant la forme d’une République.

5. Fédéralisme, régionalisme

Dans le cadre de la monarchie ou la république, l’intérêt est porté sur les régions historiques

Le Grand RIF. Porté théoriquement par le MAR, FDHNMAR et timidement par quelques partis politiques

Sud-est/Assamer, en gestation dans les cercles culturels, et économiques, pas de support organisationnel

Le grand Sous, en gestation dans les cercles culturels, et économiques, pas de support organisationnel

Conclusion

On voit bien qu’il y a des processus multiples où aucun ne fait autorité, la norme et l’exemple ultime, et l’unanimité n’existent pas. La multiplicité de ces modèles prend ses racine dans l’insuffisance et l’insatisfaction du modèle hégémonique en place. Il va sans dire que ces modèles, perçus comme concurrents, provoquent l’inquiétude croissante chez le modèle existant. Cependant si l’on se réfère au principe de droit des peuples à s’autoderminer, tous ces modèles sont légitimes, car ils représentent des aspirations existantes dans la société que personne ne peut gommer. Légitimité ici s’entend au sens sociologique du terme, fondée sur des bases juridiques ou sur des bases éthiques ou morales, dans la mesure où l’un ou l’autre de ces modèles reçoit le consentement d’une partie de la collectivité. Politiquement, il en est autrement.

Par ailleurs, entre tous ces modèles, il existe des complémentarités d’une part ou une fracture, une certaine tension, des oppositions, des rivalités parfois clairement affichées et parfois latentes, de l’autre. La concrétisation ou l’avènement de l’un ou de l’autre de ces agendas dépendra de sa capacités à mobiliser, à se construire, à proposer un cadre, une alternative solides, à élaborer un projet de société intégral valable qui saura embrasser tous les aspects de la vie en société, et qui saura répondre aux aspirations des populations concernées. Il dépendra aussi de sa consistance, de sa capacité de résistance au rouleau compresseur du mondialisme, et des puissances dominantes du moment et de son poids dans les rapports de force en place, et enfin de sa capacité à prendre une part active au débat à tous les échelons de la vie politique et sur le terrain politique.

R.O.

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